Une grosse pensée pour les Tchoupinours (à gauche comme à droite) qui, chez nous, rêvent de protectionnisme, d'autonomie économique et industrielle de la (f)Rance.
Hâte d'entendre leurs réactions aux taxes décrétées par l'administration Trump
(Une pensée aussi pour les gros agriculteurs et les vendeurs de pinards qui chouinent auprès des pouvoirs publics "à bon droit" puisque "sans eux les français crèveraient littéralement de faim et de soif", et qui se retrouvent quelque peu embarrassés en chouinant désormais parce que bon, finalement, il s'avère qu'ils ne nourrissent et n'enivrent pas que les français - le nationalisme économique a un peu mal au cul là - ça va être encore plus drôle dans pas mal de pays qui exportent beaucoup plus que la (f)Rance aux États-Unis)
Ce qui fait rire jaune dans cette histoire de taxes trumpiennes, c'est qu'on a l'impression que le mec déclare une guerre là, où, auparavant, nous habitions tous le monde des Bisounours. Comme si, avant lui, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Une des techniques qui permet d'occulter la violence du capitalisme extractiviste néocolonial contemporain, c'est de répandre ce mythe du commerce paisible (le capitalisme comme une déclinaison doucereuse du marché du samedi matin sur la place du village : on échange des biens, tout le monde y trouve son compte, c'est de la love et du respect, rien de pire).
Il n'en a jamais été ainsi (et même avant l'avènement du capitalisme en réalité).
Marx nous a depuis longtemps (et bien d'autres après lui) ouvert les yeux sur ce qu'occulte ce lexique des "importations et des exportations", ou, plus globalement de la "circulation des marchandises", en décrivant la structure fétiche de la marchandise. Nos modes de vie (dont George W. Bush Jr disait, au sujet de celui des États-Unis, qu'il n'était pas "négociable"
), dépendent de l'exploitation et de l'extraction généralisée des minerais humains et non-humains (pour parler comme certains experts agricoles qui décrivaient naguère l'animal comme un minerai à extraire). Si vous remplacez importation par "extraction" et "externalisation" (externalisation de l'empreinte environnementale, et de l'exploitation, et plus largement, de la violence), vous aurez soudainement une vision beaucoup moins "pacifiée" de l'économie du libre marché.
Je serais curieux de voir à quoi ressemblerait un pays qui s'efforcerait réellement de ramener à la maison toutes les activités extractives et toute l'exploitation dont il aurait besoin pour assurer son autonomie économique (une sorte de protectionnisme radical, un "rapatriement" (patriotique, donc stupide) de toute l'économie at home). Aucun pays ne dispose de ressources, terrestres et souterraines, sans parler du savoir technique et technologique, susceptibles de lui assurer une telle autonomie - sauf à faire une croix sur une bonne partie de son mode de vie (adieu l'automobile, les smartphones, le textile, et adieu en fait à quasiment tous les objets qui nous environnent - allez faire de l'agriculture de masse avec des produits à bas prix sans importer d'engrais, ahaha)
Mais la manifestation la plus spectaculaire d'une telle "ré-industrialisation" (rapatrier les usines du monde à la maison) serait une explosion hallucinante des émission carbonées, sans parler d'une intoxication généralisée du territoire. En rapatriant l'économie at home, on rapatrie aussi le travail sous-payé, voire non-payé, la catastrophe environnementale, et climatique !
Les States vont sans doute en avoir un avant-goût (mais le pays est vaste : seules les populations pauvres et racisés, celles qu'on n'aura pas encore expulsées) en seront affectées directement.
Pour la (f)Rance, cette perspective protectionniste radicale serait du plus haut comique.